À Valenciennes, le mentorat à l’épreuve du réel

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Mercredi 28 janvier dernier, le délégué interministériel à la Jeunesse Thibaut de Saint-Pol, se rendait à Valenciennes pour rencontrer les équipes de l’Afev, leurs partenaires et les jeunes engagés localement dans des actions de mentorat. Une journée d’échanges directs, où les trajectoires individuelles ont donné à voir la force d’un engagement qui transforme durablement les parcours.

Dans la salle de la présidence de l’Université Polytechnique Hauts-de-France, en plus des partenaires et des équipes de l’Afev Valenciennes, une douzaine de jeunes avaient pris place face au délégué interministériel à la Jeunesse. Lycéens, étudiants, volontaires ou mentorés : tous étaient présents pour raconter ce que le mentorat a changé dans leur vie.
 

Dans le vif du sujet

La matinée a commencé par une présentation du territoire et du développement local de l’Afev, dans ses dimensions spécifiques. Implantée depuis près de vingt ans, l’association y a, progressivement construit un réseau dense de partenaires éducatifs, sociaux et universitaires, étendant son action bien au-delà de la ville elle-même, dans les communes voisines et les quartiers où les besoins sont les plus forts. Ces dernières années, le mentorat a pris une place centrale dans ce travail de terrain, porté par une mobilisation croissante de jeunes bénévoles, lycéens comme étudiants.

D’ailleurs, en l’occurrence, ce sont surtout les voix de ces derniers qui ont rapidement donné son sens à la rencontre : « Pour moi, les plus riches de tous les échanges, c’était ça, expliquait Pamela Visconti, déléguée territoriale de l’Afev à Valenciennes : Les jeunes étaient 12. (…) Des lycéens, des collégiens, des écoliers, des étudiants. »

Face au délégué interministériel, chacun a pris la parole au fil de la journée. Certains avec aisance, d’autres avec retenue. Mais tous avec la même sincérité. Laurie, 21 ans, a par exemple raconté son engagement auprès de Cataline, une enfant qu’elle accompagne chaque semaine : « Je crois que chacun mérite les mêmes opportunités, quel que soit son
milieu social, son quartier ou son histoire familiale. ». Au fil des séances de mentorat, leur relation s’est construite autour de moments simples, ancrés dans la vie quotidienne : « On va au parc, on fait du roller, on joue ensemble, on va parfois à la ludothèque et après, onrevient à la maison pour faire ses devoirs. »

Tout au long des échanges, Thibaut de Saint-Pol a écouté attentivement, multipliant « des questions comme : Co  » a raconté Pamela Visconti. Unmbien de fois vous vous voyez ? Depuis quand accompagnez-vous cette personne ? Qu’est-ce que vous en retirez, et en quoi considérez-vous que c’est bien ?e manière d’entrer concrètement dans la réalité de ces
accompagnements.


« Je me sens bien, à ma place »

Pour Julien, 24 ans, l’engagement est arrivé à un moment-charnière. Après des études difficiles et une période de doute, le Service Civique lui a permis de retrouver un équilibre. « Grâce à l’Afev, je vais beaucoup mieux. Je me sens bien, je me sens à ma place, a-t-il confié. Personnellement, j’ai énormément progressé en confiance en moi et en communication. »
Aujourd’hui, il accompagne à son tour un jeune garçon. Une responsabilité qui lui donne le sentiment d’être utile, mais aussi de continuer à progresser lui-même, notamment au niveau de la confiance en soi : « Il y a un an, je n’aurais jamais pensé être capable de parler aux jeunes dans les établissements scolaires, ou de faire du mentorat. »

Cette dimension est revenue dans de nombreux témoignages. Pour Kamille, lycéenne de 16 ans, devenir mentore a profondément changé son rapport à elle-même : « C’est la première fois que je m’engage dans une association, et je peux dire que j’adore mon engagement, a-t-elle expliqué. Grâce à celui-ci, je sors plus, je suis plus souriante et j’ai aussi amélioré mes notes car je suis plus sérieuse - parce que je me sens responsable. » Ce sentiment de transformation personnelle traverse les parcours. Helena, étudiante engagée depuis deux ans, originaire de Guyane, a évoqué la relation qu’elle a construite avec la jeune fille qu’elle accompagne : « Je sens que je suis un véritable soutien pour Shaïna, une petite fille super intelligente. (…) Je lui porte beaucoup d’affection. Cet accompagnement m’apporte beaucoup de bonheur. »

Au fil du temps, les séances de mentorat deviennent en effet bien plus qu’un simple accompagnement scolaire. Elles créent des liens durables, qui dépassent les rencontres hebdomadaires. Jessica, 20 ans, aujourd’hui étudiante en L3 d’économie, se souvient de son année de volontariat comme d’un moment décisif : « J’ai gagné en patience envers les autres et envers moi-même mais je me suis aussi découvert un côté créatif… alors que je pensais que j’étais seulement bonne avec les chiffres. »

À travers ces récits, une réalité se dessine : le mentorat ne constitue pas seulement un soutien pour les jeunes accompagnés. Il constitue aussi un levier d’émancipation pour celles et ceux qui s’engagent.

Un engagement qui transforme les trajectoires

À Valenciennes, cet engagement s’inscrit dans un territoire marqué par des inégalités sociales fortes, mais aussi par une mobilisation croissante de la jeunesse. Au fil des années, le mentorat s’est développé dans les collèges, les lycées (y compris professionnels) et les quartiers, avec des formats adaptés aux réalités locales. Une manière de créer des
continuités dans les parcours, et de permettre à chacun de trouver sa place, à un moment ou à un autre.

Pour les jeunes engagés, cette expérience ouvre de nouvelles perspectives. Elle permet deprendre confiance, de découvrir ses capacités, mais aussi de se projeter dans l’avenir. Ce rôle, Mathias, 21 ans, étudiant en droit, l’a découvert en arrivant à Valenciennes : « J’avais envie de m’engager et j’ai été attiré par les valeurs de diversités, d’inclusivité et de
convivialité », a-t-il expliqué. Son engagement lui a permis de rencontrer d’autres jeunes, mais aussi de mieux comprendre les réalités sociales du territoire.

Mais au-delà des parcours individuels, ces engagements contribuent à créer une dynamique collective. Dans les établissements scolaires, ils favorisent l’entraide, renforcent les liens et participent à construire un environnement plus favorable à la réussite des jeunes.


Des jeunes, et de nombreux partenaires !

L’après-midi, la rencontre s’est poursuivie avec les partenaires éducatifs et institutionnels, comme Dorothée Callens (VP Université UPHT), Fanny Korpal (directrice de l’école primaire Badard), le principal du lycée général Wallon (M. Fontaine) ou Océane Delrot (principale adjointe du lycée professionnel Pierre Joseph Fontaine d’Anzin). Responsables d’établissements, représentants de l’université et acteurs éducatifs ont témoigné à leur tour des effets du mentorat dans leurs structures. Pour Pamela Visconti, cette visite constituait une étape importante : « Nous voulions que le délégué interministériel comprenne tout cela.Or il s’est libéré, il est venu. Il a parlé, et découvert notre travail de terrain, quotidien. » Car au-delà des dispositifs et des chiffres, ce sont les rencontres qui donnent tout son sens à l’action menée. En écoutant les jeunes raconter leurs parcours, leurs doutes et leurs réussites, Thibaut de Saint-Pol a pu mesurer concrètement ce que le mentorat produit : des transformations parfois invisibles, mais toujours profondes.

Avant de repartir, et en accord avec le Directeur général de l’Afev Christophe Paris (lui aussi présent), il a d’ailleurs tenu à saluer l’engagement de tous les acteurs présents, structures et individus. Un moment simple, direct, et chargé de sens. À Valenciennes en effet, cette journée aura permis de rendre visibles ces trajectoires qui se construisent souvent loin des
regards. Des parcours fragiles parfois, mais portés par des relations qui changent le regard que les jeunes portent sur eux-mêmes. Et qui, semaine après semaine, ouvrent de nouveaux possibles. Car ce qui s’est joué ce jour-là dépassait largement le cadre d’une simple visite institutionnelle. À travers les témoignages, c’est toute une chaîne d’engagement qui s’est révélée : des jeunes parfois accompagnés hier, devenus mentors aujourd’hui, et qui, à leur tour, contribuent à soutenir d’autres parcours. Dans un territoire où les obstacles peuvent parfois sembler déterminants, ces relations ouvrent des brèches. Elles permettent d’envisager autrement la suite, de rendre concrètes des perspectives qui, jusque-là,
restaient abstraites ou hors de portée.

En quittant la salle, après plusieurs heures d’échanges – comme d’ailleurs au cours du déjeuner partagé -, les jeunes ont continué à discuter avec les équipes et les partenaires présents. Certains ont pris des photos, prolongeant ce moment de rencontre. Des moments simples, mais révélateurs de l’essentiel : ici, le mentorat ne se résume pas à un dispositif. Il relève d’abord d’une rencontre. Et constitue, souvent, le début d’une transformation durable.

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