Située dans le quartier de l’Union à Roubaix, au sein d’un îlot mêlant plusieurs formes d’habitat et de publics, la résidence Kaps de l’Afev accueille des étudiants engagés dans des projets solidaires. En son cœur, une salle commune s’est progressivement imposée comme un espace central de rencontres, d’animation et de vie collective pour l’ensemble des habitants.
Lorsque les premiers kapseurs sont arrivés dans la résidence, à l’été 2024, la salle commune n’était pas encore disponible. L’équipe s’est donc adaptée. « Comme nous n’avions pas de salle commune, on a utilisé un appartement encore inoccupé », raconte El Mahdi Mahdi, coordinateur du projet, qui estime que dans ce type de projet, un lieu collectif s’avère toujours indispensable.
La salle a finalement été livrée en avril 2025, avant d’être réellement investie à partir de la rentrée suivante, après son inauguration. Depuis, elle est devenue un repère dans la résidence : « C’est aussi dans cette salle que l’on peut me trouver », explique le coordinateur, soulignant qu’elle permet aux habitants de venir facilement échanger ou demander de l’aide, sans formalité particulière.
Un outil au service des projets solidaires
Dès sa conception, la salle a été pensée autour de plusieurs usages complémentaires : « L’idée de cette salle, c’est qu’elle a trois grosses missions. » La première consiste à soutenir directement l’engagement des kapseurs. L’espace sert ainsi de « salle opérationnelle pour les actions solidaires », où se tiennent réunions, préparations de projets ou animations avec les publics accompagnés. C’est notamment le cas pour les séances de mentorat organisées chaque semaine. Samanda, kapseuse engagée dans la résidence depuis décembre 2024, y accompagne une jeune fille devoirs, lecture, mais surtout création d’un cadre rassurant pour « lui donner un peu confiance en elle ». Au-delà du soutien scolaire, elles partagent également des moments ludiques : cinéma, jeux ou discussions ; « pas que pour les deux heures : pour le plaisir aussi. »
La salle accueille également des temps de formation destinés aux kapseurs. Plusieurs thématiques ont déjà été proposées, comme la communication non violente, les postures face aux divers publics ou encore les violences sexistes et sexuelles, avec l’objectif de renforcer les compétences et la sensibilisation des étudiants engagés. Enfin, le lieu dépasse le cadre strict de la résidence Kaps, et fonctionne comme un point-ressources ouvert à l’ensemble de l’îlot : certains habitants viennent y travailler, discuter ou simplement imprimer un document.
Un espace ouvert qui crée du lien au quotidien
Concrètement, la salle vit presque toute la semaine. Plusieurs jours sont consacrés à des temps calmes, ouverts aux habitants « pour venir bosser, ou boire un café », précise El Mahdi. Le jeudi est davantage dédié à l’animation collective. Des réunions de projets ou des moments conviviaux y sont organisés et, une fois par mois, une soirée non mixte permet aux femmes de l’îlot de s’approprier pleinement l’espace. L’objectif est simple : leur « laisser la place » pour proposer leurs propres activités.
Pour Samanda, ces rendez-vous jouent un rôle important dans la vie quotidienne. La salle permet avant tout de recréer des moments collectifs. Car même entre colocataires, les rencontres ne sont pas toujours évidentes : « On a tous des emplois du temps différents »,explique-t-elle. La salle devient alors un point de rendez-vous naturel : « Souvent, on se dit : on va se voir à la salle commune. » Parce qu’elle est ouverte largement, elle favorise aussi des rencontres inattendues entre habitants. Selon la kapseuse, c’est ce qui fait sa force : chacun peut participer aux activités, discuter ou imaginer des projets y compris avec des personnes inconnues jusqu’alors.
Un lieu vivant, construit dans le temps
Comme dans tout projet d’animation, la fréquentation varie selon les périodes. Certaines initiatives attirent beaucoup de participants, tandis que d’autres rassemblent moins de monde, notamment pendant les périodes d’examens ou l’hiver. Pour El Mahdi Mahdi, cela fait partie du processus : « L’animation, l’éducation populaire, c’est une obligation de moyens plus que de résultats. » Avec le temps, la salle s’est néanmoins imposée comme un espace identifié par tous. Des événements informels (diffusion de matchs de football, moments conviviaux ouverts), ont progressivement permis de créer des liens entre résidents des différentes structures du site. Et au-delà des activités elles-mêmes, c’est cette polyvalence qui marque les habitants : « Dans cette salle, on peut tout faire ! C’est vraiment sa vocation », résume le coordinateur, qui estime que « dans une salle de sports, on peut faire que du sport ; ici, c’est vraiment plus ouvert. »
Pour les kapseurs comme pour les habitants de l’îlot, la salle commune s’est ainsi transformée en véritable lieu de vie — un espace qui accompagne l’engagement solidaire tout en changeant concrètement la manière d’habiter la résidence.
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