Le 5 février 2026 en fin de journée, à la Maison de l’Étudiant, l’Afev a célébré vingt années d’engagement à Nice. Vingt ans pour tisser progressivement des liens entre campus et quartiers, pour faire de la jeunesse une force d’action contre les inégalités éducatives et
sociales, pour construire des partenariats durables sur le territoire. Devant près de 120 participants — partenaires institutionnels, équipes éducatives, étudiants engagés, familles et anciens de l’association —, la soirée a retracé une histoire collective, sur laquelle l’Afev s’appuie aujourd’hui pour dessiner des perspectives.
Organisée à la salle du Stockfish, implantée au cœur de la Maison de l'Étudiant à Nice, cette célébration s’est voulue à la fois institutionnelle et centrée sur la dimension humaine de cette aventure commune. Alternant prises de parole, tables-rondes, témoignages et temps de reconnaissance des engagés, elle a donné à voir ce qui fait l’ADN de l’Afev à Nice : l’engagement comme moteur, la lutte contre les inégalités comme boussole, et la démocratisation de l’enseignement supérieur comme horizon… et a permis de remercier, aussi, les 3 513 étudiants ou volontaires en civique qui ont participé au projet depuis 20 ans, ainsi que les 3 962 enfants et adolescents accompagnés.
L’engagement étudiant, une dynamique structurante pour le territoire
Animée par Jérôme Sturla, directeur du développement urbain de l’Afev (et qui parlera d’une « belle émotion » au lendemain de l’événement), la table-ronde centrale a d’abord posé une évidence : sans Université engagée, pas de mobilisation étudiante à grande échelle. Mais derrière cette évidence, c’est une conception exigeante du rôle de l’enseignement supérieur qui s’est exprimée. L’Université n’est pas seulement un lieu de formation ou de recherche : elle est un acteur du développement territorial, un maillon essentiel dans la construction de la cohésion sociale. Faire le lien entre les campus et les quartiers, c’est reconnaître que l’engagement étudiant participe pleinement de la fabrique de la ville. Pour Laetitia Cochin, vice-présidente Vie étudiante et campus de l’Université Côte d’Azur, cette dynamique s’inscrit dans une politique volontariste menée depuis plus d’une décennie : « On forme des étudiants, mais on forme surtout des étudiants qui deviendront les citoyens de demain. L’engagement citoyen est le meilleur moyen d’y parvenir. » Elle identifie trois bénéfices majeurs : l’acquisition de compétences extra-académiques utiles à l’employabilité ; la reconnaissance institutionnelle— crédits, bonus, validation d’unités d’enseignement — et, surtout, « l’enrichissement de l’expérience étudiante et l’épanouissement des étudiants. Car c’est quand même avant tout de l’humain, des rencontres. ». Une dyn mique rendue possible via la plateforme Engagement Center développée par l’Université Côte d’Azur - signe d’une culture de l’engagement qui s’installe durablement. Caroline Puisségur, déléguée territoriale de l’Afev pour les Alpes-Maritimes, a d’ailleurs souligné que cette dynamique ne repose pas seulement sur le volume, mais sur la qualité et la diversification des terrains d’engagement proposés par l’Afev. L’exemple des étudiants en médecine — 50 mentors en L2 cette année, soit « quasiment un tiers de la promotion » — illustre cette montée en puissance ciblée. Des discussions avancées autour de la future licence de professorat des écoles laissent entrevoir une intégration plus structurelle du mentorat dans les parcours de formation.
Vingt ans après son implantation, l’Afev à Nice n’est plus un simple partenaire associatif : elle est un acteur identifié de la politique universitaire et territoriale de la jeunesse.
Lutter contre les inégalités : des alliances concrètes
La question de l’engagement trouve tout son sens dans son impact sur les inégalités. Là encore, la force du modèle niçois réside dans la densité de ses alliances. La Caf des Alpes-Maritimes, représentée par sa sous-directrice Action sociale Fabienne Guilhot, a rappelé combien le soutien à l’autonomie des jeunes — qu’elle soit financière, résidentielle ou
citoyenne — constitue un axe prioritaire. Le programme Kaps, déployé dans les quartiers prioritaires comme Les Moulins ou Las Planas en partenariat avec la ville de Nice et Côte d’Azur Habitat, en constitue une traduction concrète, en permettant à des étudiants de vivre en colocation à loyer modéré, en échange d’un engagement solidaire dans le quartier. Le logement devient alors un levier d’action sociale. Fabienne Guilhot n’a pas non plus hésité à qualifier de « travail remarquable » celui mené par l’association sur ce territoire depuis vingt ans.
La rectrice de l’Académie de Nice, Natacha Chicot, a quant à elle salué la capacité de l’Afev à s’inscrire dans les dispositifs existants, sans se substituer à l’école. Le mentorat, complémentaire des actions pédagogiques, contribue à restaurer la confiance, à ouvrir des perspectives, à créer des modèles d’identification. Elle a néanmoins insisté sur un enjeu partagé : celui de l’évaluation de l’impact. Dans un contexte de contraintes budgétaires, démontrer l’effet des actions sur la réussite scolaire ou l’accès à l’enseignement supérieur devient l’une des conditions de leur pérennité. Un défi assumé, qui appelle un travail commun entre établissements scolaires et associations.
Des trajectoires qui bouclent la boucle
Par la suite, pour en revenir au terrain, les témoignages ont donné chair à ces enjeux. Laurent Bernardi, directeur d’école aux Moulins, a évoqué la rencontre qui prend forme avec le mentorat comme moteur : permettre à des enfants parfois reclus dans leur quartier de découvrir d’autres horizons culturels, sportifs, sociaux. Noëllyne Fouchard-Marchetti, mentore depuis trois ans, a remercié l’Afev pour lui avoir permis de « rencontrer la jeune que j’accompagne et de vivre cette aventure humaine », et indiqué que « ce genre de soirée rappelle pourquoi s’engager a du sens. » De fait, le mentorat ne propose pas qu’un appui scolaire : il s’envisage plutôt comme un espace d’ouverture, d’une valeur inestimable. Abdelhakim Madi a incarné cette continuité. Ancien mentoré, il a raconté comment la rencontre avec son mentor (alors qu’il était au collège !) lui a ouvert l’accès à la culture, puis à l’engagement associatif. Aujourd’hui directeur de Partage ton talent, une structure associative engagée pour les jeunes du quartier des Moulins, il résume : « L’égalité des chances, ce n’est pas un slogan, c’est un combat de chaque jour. » Son parcours illustre la capacité de l’Afev à semer des graines qui, des années plus tard, produisent de nouveaux acteurs engagés sur le territoire. Par ailleurs, et au cours de la suite de la soirée, la reconnaissance des mentors, volontaires et kapseurs, ponctuée par des temps artistiques et festifs, a rappelé que l’engagement reste d’abord une aventure collective.
D’autant que la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur constitue le troisième pilier de ce travail collectif à Nice. À travers son programme Démo’Campus, l’Afev agit dès le collège pour élargir le champ des possibles. L’orientation n’est plus pensée comme un choix ponctuel, mais comme un processus progressif, nourri de rencontres et d’expériences.
Dans un monde où les métiers évoluent rapidement, cette capacité à accompagner les jeunes dans la construction de leur trajectoire devient centrale. L’Université, l’école et le monde associatif partagent ici une responsabilité commune, dont l’Afev et ses partenaires prennent amplement leur part. C’est ce qu’Ali Douai, vice-président Formation et Innovation
pédagogique de l’Université Côte d’Azur a tenu à rappeler lors de sa prise de parole.
Le(s) mot(s) du Directeur
En ouverture comme en conclusion, Christophe Paris a replacé ces vingt années niçoises dans une trajectoire plus large. Pour le directeur général de l’Afev, l’enjeu n’est pas seulement de célébrer une histoire, mais de rappeler le sens du projet associatif : faire de la jeunesse une force d’engagement capable de transformer les territoires. Il a insisté sur cette idée fondatrice qui traverse l’action de l’Afev depuis ses débuts : rapprocher la jeunesse des campus de celle des quartiers, créer des passerelles là où les inégalités produisent de la distance. À Nice, a-t-il souligné, cette ambition a pris corps grâce à un patient travail d’alliances partenariales et d’affermissement de la confiance au fil du temps. Mais Christophe Paris a aussi projeté l’assemblée vers l’avenir. Dans un contexte marqué par des tensions sociales, éducatives et budgétaires, il a rappelé que l’engagement des jeunes constitue une ressource stratégique pour les politiques publiques. L’Afev, a-t-il affirmé, ne se situe pas en périphérie des enjeux de la politique de la ville : elle en est pleinement partie prenante, en coproduction avec les acteurs institutionnels. Poursuivre le développement du mentorat, renforcer l’accès au logement solidaire, démocratiser davantage l’enseignement supérieur : autant de chantiers qui traduisent une ambition intacte. Au-delà des chiffres, c’est la capacité collective à croire dans le potentiel d’émancipation de la jeunesse qui, selon lui, doit guider les vingt prochaines années. Une ambition et des enjeux partagés par Céline Maquet, sous-préfète chargée de mission Politique de la ville et politiques sociales" auprès du Préfet des Alpes-Maritimes, qui a tenu à témoigner, lors de son discours, du soutien de l'État dans le développement de l’Afev sur le territoire maralpin.
Vingt ans, et après ?
Cette soirée a permis d’illustrer une fidélité partenariale rare : Ville de Nice, Caf, Université, Crous, Éducation nationale, associations locales… La Ville de Nice occupe dans cet éco- système une place particulière. Partenaire historique de l’Afev, elle accompagne l’association dans la durée, tant par des financements en droit commun que par un appui logistique et institutionnel déterminant. L’accueil de la soirée à la Maison de l’Étudiant en était une illustration concrète. Mais au-delà de l’événement, c’est un dialogue régulier autour des politiques jeunesse, d’égalité des chances et de cohésion sociale qui s’est construit au fil des années. Cette continuité donne à l’Afev une stabilité précieuse et renforce sa légitimité d’acteur engagé au cœur des quartiers niçois.
Plus globalement, cette reconnaissance institutionnelle consolide l’ancrage de l’Afev et ouvre de nouvelles perspectives, notamment en matière de logement étudiant solidaire et de développement territorial. La relance d’une dynamique à Cannes illustre cette volonté d’élargir encore le maillage territorial. Grâce à un nouveau soutien privé (la FondationCannes), un pôle d’action va pouvoir se structurer à nouveau sur le bassin cannois, avec l’ambition de recréer des binômes de mentorat et de retisser des partenariats locaux. En parallèle, la question du logement étudiant apparaît comme un levier stratégique pour les années à venir. Dans une ville attractive mais marquée par de fortes tensions locatives, développer des formes de résidences solidaires, à l’image du nouveau programme Résid’Kaps, permettrait de conjuguer accès au logement, engagement étudiant et animation des quartiers. Une manière d’inscrire l’action de l’Afev dans les grandes transformations urbaines à venir.
Mais au-delà des chiffres et des dispositifs, ce sont les liens tissés qui font la singularité de l’Afev à Nice. Une capacité à rassembler des acteurs différents autour d’une conviction commune : la jeunesse n’est pas un problème à résoudre, mais une ressource à mobiliser. Vingt ans après son arrivée sur le territoire, l’Afev continue de faire le pari de la rencontre. Entre campus et quartiers. Entre institutions et habitants. Entre générations. À Nice, l’engagement n’est pas simplement un anniversaire que l’on célèbre : c’est une dynamique que l’on prolonge.
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