Martin Casier : Bruxelles face aux inégalités

Député du Parlement de la région de Bruxelles-Capitale, du Parlement de la Communauté française de Belgique et vice-Président du Parti socialiste de Bruxelles, Martin Casier était présent, fin juin, à la dernière Université d’été de l’Afev, à Amiens. Son intervention remarquée, en ouverture des travaux, dressait un parallèle entre l’objet de l’association en France et l’état des inégalités dans la capitale de la Belgique.

« Je ne vais pas rentrer dans un grand discours, a-t-il introduit son propos avec humour, en vous expliquant comment le compromis à la belge va sauver la France dans les prochaines années. »
Martin Casier s’est plutôt attaché, sous un prisme politique, à observer en quoi « les thématiques qui sont les vôtres – les inégalités, la question de l’engagement – s’avèrent transversales, au moins, à l’ensemble de nos démocraties internationales, et très singulièrement en Europe. » Ceci, dans le cadre de l’implantation de l’Afev sur le territoire bruxellois.

Bruxelles, ville duale

Selon lui, « le travail de l’Afev est extraordinaire, parce que les questions du lien, de la compréhension, du partage constituent les éléments essentiels d’une vie en démocratie. Autant d’éléments, surtout après deux années de crise sanitaire, qui ont été profondément attaqués. »
Pour illustrer son propos, et expliquer « en quoi la question des inégalités est au cœur de Bruxelles », il s’est sans attendre lancé dans une analyse précise, en s’appuyant sur la projection d’une carte de la capitale belge.

Cette ville divisée en 19 communes, « de 162 km 2 pour 184 nationalités » - soit « une ville-monde, capitale de l’Europe, de la Belgique et de la Flandre » -, est à ses propres dires « compliquée » à appréhender. Il s’agit en effet d’une ville « parfaitement duale », si l’on observe les zones de concentration des « bénéficiaires de l’intervention majorée » (soit, ceux qui disposent d’une aide sociale supplémentaire dans l’accès à la santé) : « toute la partie Nord-Ouest de la ville subit une précarité particulièrement forte » - qui plus est, « pour toutes les variables possibles et imaginables » - quand le Sud offre des conditions de vie largement plus enviables.

« Défi gigantesque »…

Quand on entre dans le détail, en analysant la situation sous l’angle des quartiers statistiques – soit des chiffres, « rapportés au nombre d’habitants » -, il apparaît, « comme dans d’autres villes bien sûr, que ce sont les quartiers les plus denses qui souffrent le plus. » Ainsi, le canal qui traverse Bruxelles découpe la cité en deux zones bien différentes. Or il apparaît également que « plus un quartier est à l’abri de la précarité, moins il accueille de populations d’origine étrangère. »


En outre, « un quart des enfants bruxellois vivent sous le seuil de pauvreté » - principalement dans des familles monoparentales, « nouvelles formes de familles auxquelles la grande majorité des institutions publiques ne se sont pas adaptées. » Les divers acteurs concernés « se trouvent donc face à un défi gigantesque », qui nécessite de chercher et de trouver des modes d’action innovants si l’on souhaite le relever.

… mais espoir possible

Il se trouve par ailleurs que « les inégalités socio-économiques prévalent encore sur les inégalités environnementales. » Les premières demeurent donc « la source de toutes les autres. » Une réalité qu’il convient de garder à l’esprit lorsque l’on cherche des solutions. Basé sur son ancienne expérience de vice-Président de l’Université libre de Bruxelles (ULB) et de sa charge d’adjoint à la direction, en charge des affaires sociales et étudiantes, Martin Casier a ensuite esquissé quelques expériences lancées dans ce cadre, et qui essayent d’apporter une réponse à ces enjeux. Il a notamment évoqué le lancement d’une nouvelle association par l’ULB, dont la vocation était de « traduire et de coordonner les actions d’engagement de l’université pour sa ville et ses citoyens, et de créer un réceptacle de toutes les activités concernées. »


Soit, par exemple, tout ce qui concerne l’accueil de migrants… mais aussi, depuis un an, « une cellule de l’engagement des étudiants » eux-mêmes, qui vise, « les missions que l’Afev s’est données, mais à l’échelle d’une université plus que d’une institution nationale. » A ce titre, toutes les questions que peut se poser l’association en matière d’engagement peuvent trouver, dans ce cadre, une évidente résonance. Pour cette raison, l’action de l’Afev constitue l’une des réponses de cette dualité bruxelloise, et son implémentation à Bruxelles prend donc tout son sens !


François Perrin

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