À Caen, l’interculturalité vécue au quotidien grâce à une volontaire  cambodgienne

Caen

À l’Afev Caen, l’interculturalité ne relève pas simplement du concept pédagogique : elle se vit au quotidien. Depuis septembre, l’équipe accueille Sopheakneath, 26 ans, professeure de français au Cambodge, venue en France dans le cadre d’un Volontariat de solidarité internationale (VSI) porté par France Volontaires. Une expérience encore récente, mais déjà riche d’enseignements, autant pour elle que pour l’association.

Pour Claire Coulibaly, chargée de développement à l’Afev Caen et référente de la volontaire, cette arrivée s’inscrit dans une continuité logique. Depuis deux ans, l’équipe développe VER-ENA, un volontariat éducatif en résidence dédié aux enfants nouvellement arrivés et allophones. Collèges, lycées, associations accompagnant des mineurs non accompagnés : les partenariats se sont structurés autour d’un objectif commun, travailler les codes sociaux, l’apprentissage du français et la compréhension des droits - toujours dans une logique de pair-à-pair. « L’interculturalité est déjà au cœur de notre action, explique-t-elle. Mais à un moment, on s’est dit : si on en parle autant, il faut aussi l’expérimenter dans notre propre équipe. »

Accueillir l’interculturel

La proposition de France Volontaires arrive à l’été. En quelques semaines, tout s’organise : recrutement à distance, intermédiation administrative via Solidarité Laïque, préparation au départ et à l’arrivée. Ainsi, dès septembre, Sopheakneath rejoint l’Afev Caen.

Son profil fait immédiatement sens : professeure de français au Cambodge, elle souhaite découvrir d’autres méthodes d’apprentissage. « Chez nous, on recopie beaucoup de lignes », raconte-t-elle. À Caen, elle découvre le podcast, l’image, le jeu comme supports pédagogiques. Elle observe les classes UPE2A, échange avec des enseignants formés au FLE, participe aux ateliers menés par les volontaires… Mais l’apprentissage est réciproque. Sa présence oblige l’équipe à ralentir, reformuler, questionner ses propres pratiques : « Quand elle nous dit : “Là, votre consigne, je ne la comprends pas”, ça nous force à nous interroger. Ce qui semble évident pour un francophone ne l’est pas forcément pour quelqu’un dont le français n’est pas la langue première », souligne Claire Coulibaly.

D’ailleurs, l’interculturalité ne se joue pas uniquement dans les ateliers, mais aussi dans les détails du quotidien : comprendre une consigne administrative, ouvrir un compte, utiliser une gazinière pour la première fois... Autant d’expériences concrètes qui font écho aux réalités vécues par certains jeunes accompagnés par l’Afev.

Une immersion au cœur du territoire

À Caen, l’accueil a été pensé et mis en œuvre comme une immersion complète. Sopheakneath vit en colocation dans une Kaps, ces colocations à projets solidaires implantées dans les quartiers. Elle partage son quotidien avec deux étudiants engagés : « On voulait que ce soit une plongée dans l’Afev, pas seulement une mission. » La colocation facilite l’intégration, la découverte des codes sociaux, l’ancrage local. Par son biais, Sopheakneath participe également aux animations de quartier prévues dans le cadre du programme.

Après cinq mois, l’expérience entre dans une phase plus nuancée. Passé le temps de la "lune de miel" vient celui des ajustements : retrouver un rythme, réinvestir le collectif, rééquilibrer temps personnel et engagement : « C’est classique dans toute expérience à l’étranger, analyse Claire Coulibaly. Notre rôle, c’est d’accompagner ce virage. » Du côté de la tutrice, cet accompagnement constitue d’ailleurs également un apprentissage, qui demande du temps, de la disponibilité, une capacité à nommer les décalages culturels sans les dramatiser : « Ça ne s’improvise pas. Mais en avoir l’envie, c’est déjà un très bon début. »

Une réciprocité qui dépasse l’individuel

Au-delà de la mission locale, l’expérience s’inscrit dans une dynamique plus large de réciprocité franco-cambodgienne. À son retour, Sopheakneath participera au sommet de la Francophonie au Cambodge, et témoignera de son parcours. Elle a d’ailleurs déjà pris la parole à Paris et à Caen dans des temps dédiés à la solidarité internationale.

L’Afev Caen, de son côté, réfléchit déjà à la suite. Accueillir un second VSI ? Structurer davantage l’accompagnement ? Devenir, à terme, un territoire-ressource pour d’autres équipes ? « C’est riche d’accueillir, conclut Claire Coulibaly. Et cela nous oblige à être cohérents avec ce que l’on défend. »

Pour l’équipe, cette expérience agit comme un miroir. Elle éclaire concrètement les obstacles administratifs, linguistiques ou culturels que rencontrent les jeunes nouvellement arrivés accompagnés par l’Afev. « Quand on vit soi-même les démarches avec la CAF ou la CPAM, on comprend autrement ce que traversent les jeunes », souligne Claire Coulibaly.

Cette mise en situation renforce la posture d’accompagnement et donne une profondeur nouvelle au travail mené dans les établissements et les associations partenaires. Pour toutes ces raisons, à Caen, l’interculturalité n’est plus seulement une thématique d’atelier. Elle est devenue une expérience partagée, vécue et réfléchie collectivement. Une manière, aussi, de rappeler que l’engagement ne circule pas à sens unique.

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